PRISE DE RISQUE
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– Tant mieux, mais, dis-moi...
– Tu m’as dit que les autres guerriers n’avaient fait que peu de raids, tous sans gloire ni succès. N’est-ce qu’ici, ou partout ? – Ailleurs, je ne sais pas. Mais depuis un lustre, au moins, les raids ne rapportent plus guère nulle part. – Hein ! Comment est-ce possible ? – Beaucoup de guerriers ont perdu le feu sacré. Ils ne pensent plus qu’à leur bétail et à leurs femmes. Tu es un des rares, de tous ceux que j’ai rencontrés, à oser partir aussi loin et aussi longtemps. Il est juste que Thonros et Bhagos t’aient récompensé. Le dieu du courage sourit à l’audacieux en lui offrant foule d’ennemis à écraser. Le dieu distributeur permet que le butin obtenu soit superbe et digne d’un chant. – Oui, je me bats bien. J’ai mes raisons. Ça remonte à mon enfance. À l’époque, mon père était roi. Chaque année, il partait à la tête d’un tout petit groupe, et revenait peu après avec quelques ballots de peaux de bièvres et de rares captifs pouilleux. Les enfants sont cruels envers la faiblesse et le malheur, mais nous n’osions, tant ils étaient pitoyables, accabler de quolibets ces malheureux. Les guerriers talochent les enfants qui jettent boue et cailloux sur les vaincus accablés. Tu peux penser que cette crainte nous retenait. Détrompe-toi. Nous trouvions dérisoire de nous en moquer. Déjà nous avions honte, bien plus que pour eux, pour ceux qui les avaient pris... ... Malgré ses raids minables, il était très bon guerrier. Il entraînait ses hommes avec zèle, patience et efficacité. Tous ses élèves se battaient comme s’ils avaient été initiés aux armes par les compagnons de Thonros, voire Thonros lui-même. Il en faisait d’excellents combattants. La qualité de mes vétérans, formés par lui, le prouve. À chaque tournoi opposant les woikos à l’entour, nous étions, à armes égales, toujours vainqueurs. – Alors, de quoi te plains-tu ? – Je te l’ai dit, pourtant... Si tu as bien écouté mes derniers mots... – Attends... Tes derniers mots ? « Toujours vainqueurs », ça ne doit pas être ça. « À armes égales », peut-être ? Oui, le vice, c’est dans : « À armes égales ». J’ai pas raison ? – Oui. Je t’explique. Nous avons deux types de tournois, sans compter ceux qui font s’affronter les futurs guerriers, à mains nues ou armés d’armes de bois. C’est eux que j’ai le plus de plaisir à regarder. Là, tout dépend de l’habileté. Ils durent et ne cessent que lorsqu'un adversaire a désarmé l’autre. On les dit de simples danses, mais ceux qui y excellent sauvent leur vie là où les autres périssent ou subissent les pires blessures. Pourquoi crois-tu que je suis encore là après treize campagnes !... Parlons des vrais tournois. L'un oppose des guerriers armés de lames tirées au sort ; l’autre des clans équipés des leurs, choisies en vue de ces assauts... |
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