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L'invitation transmise, les cavaliers mirent pied à terre. Il les invita à se réjouir. La fête des moissons, à en entendre les préparatifs, serait plaisante. Fête des paysans, ces réjouissances admettaient sans réserve aucune la présence des neres, quand la réciproque n'était pas souvent vraie. Ils promirent d'y assister. Guerriers et a fortiori prêtres peuvent assister à toutes les cérémonies, sauf certains cultes féminins de la fécondité, même si leur présence y pèse... Aujourd'hui, ils étaient les bienvenus. C'était toujours le cas pour la fête des moissons. Quand elle était réussie, les neres renvoyaient la pareille en invitant les wiroi aux festins célébrant la fin des chasses. Ils ne rateraient pas une telle occasion de se régaler plus tard de beau gibier.
Ils entrèrent dans l'enclos. Les paysans s'affairaient à diverses tâches préludant à la fête. Leur rumeur les avait alléchés. Leur vision les passionna. Ils contemplaient tout. Les monceaux de bale, qui brûleraient pour alimenter les feux de joie nocturnes, étaient des indices évidents, à moins d'épis vides, d'une plantureuse récolte, partant d'une soirée mémorable. Les longs va-et-vient des femmes portant sur leur tête des cruchons de bière ne l'étaient pas moins. Elles les recouvraient de linges humides. En séchant, ils allaient la rafraîchir et en conserver cette fraîcheur tout au long de la nuit. Un peu à l'écart, des jeunes gens s'essayaient à quelques pas de danse. Tout sentait la fête. Tout laissait présager qu'elle serait réussie. Ils n'en tiquèrent pas moins. Il y avait chez leurs hôtes, en particulier les rares neres, une lassitude innée. Ils en furent choqués. Une telle attitude ne s'accordait pas avec leur naissance.
Le sacrificateur les avait abandonnés. Il pénétra dans sa maison. Cette hutte n'avait rien, en taille et en beauté, d'une demeure de bhlaghmen. Il en sortit peu après, sur la tête une dépouille de loutre au lustre magnifique. Il y avait tout autour du village, l'irriguant et contribuant à la richesse de ses récoltes, des ruisseaux à l'onde claire et pure où elles s'ébattaient, tout à leur aise, sans risque d'être chassées. La loutre, son animal tutélaire, était protégée par son statut de totem, ancêtre du clan installé dans les parages. La blesser ou la tuer était aussi sacrilège et criminel que de porter la main sur un prêtre. Ce serait châtié, si cela arrivait, avec la même sévérité. Un tel forfait restait bien improbable. De mémoire de plusieurs générations il n'avait été commis.
En s'installant au village, même pour une brève période, les hôtes devaient en respecter les lois et les interdits. Plusieurs guerriers avaient de somptueuses peaux de loutre. La sortie du prêtre revêtu de sa dépouille, en vue de les informer de son totem, leur signifiait d'abandonner, tant qu'ils y resteraient, leur fourrure de dilection. Ils allèrent les cacher parmi le butin et prirent la première tunique venue, pas toujours à leur goût, ni à leur taille. Même les plus mal attifés se consolèrent de leur allure ridicule. Elle était provisoire. Ils reviendraient chercher vêtement plus convenable.
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En réponse, il informa ses ouailles de leur totem. Elles seraient tenues de le respecter pendant trois jours. Leur séjour ne serait pas plus long. Mais le droit d'hospitalité est le signe distinctif des hommes.
Cheval ailé, animal des légendes ; loutre, gibier à la chair insipide. Ils s'équilibraient. Aucun des interdits réciproques ne serait pesant. C'était, ils en tombèrent d'accord, une bonne chose. Des clans en venaient aux mains pour ça à l'occasion de festivités trop arrosées. Pour un mot de trop, souvent une vantardise (des loups gris, j'en vois douze, j'en tue cinq et j'enfile les autres, ou autres amabilités), une bataille rangée éclatait avec la soudaineté de l'orage. Il n'y avait pas de morts - les armes restaient sous la garde des première caste - mais, le calme revenu et dissipée l'ivresse, nez cassés, dents brisées, côtes fêlées ne se comptaient plus.
Ils n'en voulaient pas. Il y avait déjà trop de clans - par chance, de petit lignage - séparés pour une telle dette d'honneur par des querelles inextricables et des haines rancies. Elle empêchait alliances et mariages profitables. Il y en avait même qui se faisaient la guerre depuis le début du monde. Au cours d'un banquet où l'hydromel avait trop coulé, un ivrogne avait massacré l'animal (gibier trop délicieux ou prédateur trop détesté) vénéré de ses hôtes. Le clan sacrilège n'avait voulu ni livrer, ni punir le provocateur. Il avait refusé de payer l'amende du sang pour les animaux sacrés abattus. Depuis, ils se haïssaient. Leur combat, même codifié par la loi interdisant la bataille en armes et par les nécessités de la survie, n'en était pas moins inexpiable. Plusieurs fois déjà le conseil des prêtres avait dû décider, au vu de récits d'au-delà de la mémoire, qui était coupable. Ils avaient menacé de le déclarer loup. Certains conflits, dangereux pour l'existence même du peuple, s'étaient ainsi calmés sans s'éteindre jamais.
Il n'y avait aucun risque de cette sorte, ni même d'une simple bagarre. Au village des Loutres, on n'avait jamais vu de cheval ailé, en tout cas pas depuis sa fondation. Il serait douteux qu'un apparaisse cette nuit. Encore plus qu'alors un villageois le blesse ou le tue. Le prêtre de Kleworegs sourit. Le hasard serait en effet bien grand, bien malicieux. Il le rassura. Les siens n'étaient pas des pêcheurs. Ils n'avaient aucun sujet de querelle avec elles. Elles vivaient assez loin de l'enclos, dans les rivières et les rus qui l'entouraient, pour que même le guerrier le plus imbibé n'ose sortir, seul dans la nuit où rôde la peur, accomplir un sacrilège. Tout laissait prévoir des relations satisfaisantes... Les clans sympathisaient. Revoir un wiks après leur long périple réjouissait leur cœur. Ils avaient été contraints à l'austère vie des nomades pendant la longue saison des combats. Cette joie avait effacé leur dédain. Elle les éloignerait de toute friction.
Les villageois montrèrent l'endroit où ils préparaient leur bière : une grotte à flanc de coteau creusée profond et aménagée. Ils mettaient la dernière main, en la soutirant, à sa préparation. Experts dans cet art délicat, ils avaient à peine
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