UN HOMME DE PAROLES
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avalanche, tout autre eût été pris au dépourvu. Il ne se laissa pas un instant démonter. Il possédait une rare éloquence. Si les dieux l'avaient
fait naître première caste, il eût été un diseur du plus haut renom. Il décrivit avec emphase et vigueur les superbes combats, dont il ignorait tout, et le riche butin, qu'il n'avait qu'entr'aperçu, du roi et des siens.
Son récit était élan, vie, éclat, souffle à entraîner au loin, scories fumantes, doutes et interrogations. Chacun voulut l'entendre chanter les siens. Il avançait en roi. Chaque fois qu'il passait devant une maison, ses maîtres l'interpellaient. Qu'il n'hésite pas à en franchir le seuil ! Il y serait en paix et au calme pour relater les exploits de son chef ou de ses fils. Il s'exécutait, parlait. Ils l'écoutaient, bouche bée, yeux clos. Ils vivaient, plus réel que le réel, les prouesses des leurs. Guerriers trop âgés comme garçons trop jeunes étaient à leurs côtés, à leur place, par la seule force de son verbe. Qu'on lui dise un nom, ils plongeaient à l'instant au plus fort des batailles où le héros s'était illustré, gagnées presque à lui seul. Son ignorance totale de qui il louait n'y changeait rien. Au contraire son imagination, libre de tout lien, fulgurait. En entendant chanter l'héroïsme, parfois nouveau pour eux, de leur parentèle, et pour lui permettre de le chanter encore, ils lui versaient force hydromel. Il l'engloutissait comme de l'eau, mais avec plus grand plaisir. Devant ce plaisir évident, heureux des prouesses des leurs, souhaitant en entendre plus, ils lui en versaient encore. Il ne saurait manquer, ainsi stimulé, de leur en conter de nouvelles. Un moment, il avait failli rester coi. Un père lui avait demandé si son aîné était mort ou vivant, à peu près intact ou mutilé. Il avait respiré un grand coup. Le seigneur de l'éloquence l'avait secouru. Au summum de son talent de conteur, il avait rétorqué, en l'absence de toute information (soit qu'il en ait tout oublié, soit qu'il ne l'ait jamais eue), qu'il s'était conduit en héros. Son nom et ses exploits, par delà la vie et la mort, vivraient dans l'éternité... et indigne qui chercherait plus loin. Personne n'insista. Seul le renom du clan importait... Emportés par les paroles fleuries, ils ne se souciaient plus de savoir si ses guerriers étaient vivants, blessés, ou près de Thonros. Corne après corne, il s'était mis à dodeliner de la tête. Sous l'ivresse, la belle ordonnance de ses récits s'était déglinguée. Ils avaient perdu toute cohérence, sans pourtant lasser l'admiration. Enfin, pénétrant dans il ne savait plus quelle maison (et après il savait encore moins – mais c'était bien, bien plus – de cornes), il s'affala d'un coup sur le sol en terre battue, après avoir déclaré que leur fils était un héros héroïque. Ce pléonasme pour seule nouvelle, ses habitants furent enchantés. Que le divulgateur des prouesses de leur clan se soit arrêté chez eux, sur cette révélation, pour y prendre son repos, était un rare honneur. Leur impression se confirma le lendemain. |
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