TRAQUES
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Les fumées du village apparurent enfin. Il dit d’où il venait, ce qu’il désirait. Le gardien le fit entrer et le conduisit à son roi. Il profitait du bon renom de ceux chez qui il n’avait fait que passer. Le roi, venu au grand troc de Kleworegs, devançait toutes ses questions. Il n’eut qu’à le
laisser parler. Les autres s’étaient joints à lui. Il redisait la beauté du butin, la taille des transactions, le mystère du joyau, l’abondance des troupeaux, la richesse des greniers débordants. Il écoutait, fasciné. Le ciel s’obscurcit. On apporta les torches. Il parlait toujours, semant à foison les
anecdotes, donnant de nouveaux détails, en rajoutant dans son admiration. Il continua à prêter l’oreille la plus attentive, guettant une perle dans tout ce fatras. S’il pouvait en jaillir, spontané ou à la suite d’une question, le moyen de parvenir à ce village aux merveilles. Pour ce que le conteur en disait,
il aurait aussi bien pu se trouver dans les plaines de Thonros.
La nuit s’avançait, s’éternisait. Personne n’avait encore dit où trouver Kleworegs. La réunion allait se terminer. Hésitant entre un air dubitatif et un air enthousiaste (il opta à la fin pour ce dernier), il osa, les yeux brillants. Comment se rendre dans cet opulent village ? À son âge, il devait connaître ceux qui avaient enlevé un tel butin, s’il voulait un jour les imiter. Le récitant l’avait presque oublié. Il le regarda. Quelle présomption ! Lui, si malingre, espérer devenir un jour leur égal ! Il se ravisa... Cette longue, vilaine cicatrice sur sa cuisse. Un homme qui a marché longtemps malgré une telle blessure n’élève pas ce vœu en vain. – Ce n’est pas très facile à expliquer. Je te montrerai ça demain matin, quand nous serons tous bien reposés. Veux-tu ? – Volontiers, je suis mort de fatigue. – Va dormir à la maison des hôtes ! Je te réveillerai en milieu de matinée. Village minuscule, hospitalité somptueuse. Kleworegs s’y réveilla heureux, repu. Il ne pouvait rendre sur-le-champ tous ces bienfaits, mais les recevrait à son retour. Ils prirent congé au milieu de la matinée après avoir partagé l’hydromel nouveau, frais et sapide. Le bhlaghmen en abusa. Il se retrouva dans le même état que Kleworegs et Pewortor la veille, avec un mal de tête tenace comme tique. Dieux merci, la prochaine halte serait en rase campagne. S’il pouvait, en attendant, se bassiner les tempes avec un linge humide ! Il se passa la main sur le front. Ça ne soulageait pas, mais valait mieux qu’attendre, passif, la fuite de la douleur. Le roi fut ponctuel. Il aurait dormi une heure de plus avec grand plaisir. Son informateur avait sans doute autre chose à faire. Tant pis, il se lèverait |
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