UNE NOUVELLE RECRUE
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- Ce n'est pas mon genre de tuer les fous. J'ai changé d'avis. Si encore nous avions eu querelle, je comprendrais ta tentative absurde… Nous ne nous sommes jamais vus. Tu n'es qu'un pauvre, un misérable dément. Remercies-en le ciel, tant que tu n'as tenté de t'en prendre qu'aux hommes. Qui sait, si tu t'étais échappé, si tu ne t'en serais pris aux dieux ?
Il releva la tête. Il était prêt à mourir... en vengeur, non en fou. - J'avais querelle avec toi, Petnesyo ekwosyo Kleworeg ! Tu ne m'as pas entendu ? J'ai frappé au nom des Loutres. Sa mâchoire en tomba d'un coup. Son meurtrier raté semblait si sérieux ! Mais son prétexte était si stupide, si insensé ! L'imagination, comme les mots, lui manquaient. Entre le claquement du fouet et le hennissement de douleur de sa monture, il n'avait rien entendu de sa dédicace. Tant mieux d'ailleurs. Elle l'aurait laissé sans défense, de stupéfaction. L'autre aurait eu le temps de le tuer. Il en était encore sans voix. Le bhlaghmen, bousculant les guerriers, s'approcha. Il avait entendu sa remarque. Avant de mourir, il devait savoir... Ou fallait-il lui laisser ses illusions ? Il croisa le regard de son roi. Il n'y avait aucune haine dans ses yeux, plutôt de... la pitié. Sa colère était retombée. Le jeune homme n'avait pas fait vibrer en vain, même à son insu, la corde sensible du courage et de l'honneur. - Si je te jure, par les jumeaux du serment et du châtiment du parjure, que pas une de mes paroles ne sera mensonge, me croiras-tu, guerrier ou futur guerrier des Loutres ? - Guerrier ! Ne l'ai-je pas prouvé ? - Alors, me croiras-tu ? - Oui. Un prêtre ne mentirait pas à qui va mourir. Il lui fit le récit du guerrier mort dans son village. Ses narines s'étaient pincées. Il n'ouvrit la bouche que pour lui faire réitérer son serment. À la fin, il n'y tint plus. Il tenta de se jeter sur un glaive. Le guerrier le retira à temps. Il se mit à trembler, secoué d'une fièvre de honte et de sanglots. Il ne pouvait rien se reprocher. Il avait été à son tour le seul homme de son village. Il avait cru venger son honneur... Tous ces efforts... vains, accomplis dans un but injuste ! Il tomba à genoux. Merci aux dieux de l'avoir empêché de tuer sa cible ! Il se tourna vers le forgeron. Béni soit-il d'avoir fait échouer sa tentative ! Même le convoyeur, qui s'était promis de lui casser la tête, se sentait indulgent. Il n'avait pourtant pas de quoi se réjouir. Il aurait dû être le héros de la fête, pour avoir sauvé la vie de Kleworegs... Et ce n'était ni lui, arrivé un instant trop tard, ni le colosse, sans qui le roi serait tombé, gorge ouverte, mais le coupable qui était en point de mire. Qu'il ait au moins le mot de la fin ! |
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