LE TRIOMPHE
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bienvenue. Ils les savaient arrivés depuis la veille au soir. Ils s'engagèrent à leur suite. Les prés étaient occupés par
les seuls gros bovins et presque vierges d’humains. Les rares pasteurs, saluant avec une politesse affectée, y semblaient plus en promenade que commis à leur garde. Ils
n'en étaient pas moins vigilants. Ils avaient observé l'arrivée de l'escorte et avaient aussitôt prévenu. Pas étonnant qu'une troupe soit venue dès qu'ils avaient avancé vers le
cercle d'herbe verte. Elle les avait fêtés. Elle aurait aussi bien, au moindre soupçon d'intentions hostiles, fondu sur eux pour les détruire. Sous le même masque bonasse
que son village en été, Kerdarya était bien gardée.
Ils continuèrent parmi les prés. Ils atteignirent, au pas lourd de leurs bœufs, une levée de terre. Pendant cette chevauchée que son impatience rendait interminable, Kleworegs, étonné du petit nombre des bouviers, reconnaissables à leurs peaux lainées, s'inquiéta du peu de soin dont les troupeaux semblaient entourés. Les patrouilleurs rirent. Les bovins n'avaient pas besoin de gardiens de troisième caste. C’était des guerriers trop âgés pour les grandes expéditions, mais encore bon pied bon œil, qui les surveillaient. Ils constituaient pour eux, anciens messagers qui n'avaient pas eu, à l'âge où les autres participent aux raids source de richesses, l'occasion d'acquérir des biens, un trésor commun. Ils pouvaient servir Aryana sans crainte de leur avenir. Ils travaillaient pour elle, elle pensait à eux. C'était leurs terres, leur bétail. Ils les gardaient comme ils gardaient leur cité jusqu'au jour où ils partiraient pour un dernier combat, voie privilégiée vers le banquet de Thonros. Kleworegs les observa. Malgré ce bon pied bon œil dont ils se prévalaient, ils ne pouvaient guère, avec leurs barbes et leurs cheveux grisonnants, et la force et les réflexes en rapport, faire plus que leur présente mission. Si son groupe avait présenté le moindre danger, ce n'est pas eux qui l'auraient accueilli. Une telle vie n'était-elle pas enviable ? Passé quatre fois dix ans, c'était une agréable sinécure. Au vrai, leurs seuls ennemis étaient les meutes de loups et les mange-miel. Les combattre est considéré à l'égal de lutter contre un guerrier ennemi. Cela préservait leur dignité... sans grand risque. Les fauves ne s'aventuraient pas souvent à attaquer les bovins, quand les forêts à l'entour regorgeaient de gibiers plus faciles, prêts à tomber sous leurs griffes ou leurs crocs... Peut-être y aurait-il rêvé, et y aurait-il trouvé une félicité extrême... il y a longtemps. Ses ambitions avaient crû. Il aurait méprisé une telle fin. Ils arrivèrent à la première levée. Un prêtre les accueillit. Il les pria de s'arrêter. Kleworegs prit une mine interrogative. Patience ! Les hiérarques venaient de se faire confirmer leur arrivée. Ils en répandaient le bruit par tout Kerdarya. Ils devaient attendre que chacun, prévenu, ait quitté sa tâche pour descendre les honorer, eux et leur précieux fardeau. Les patrouilleurs prirent congé. Ils retournaient à leurs rondes. |
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