AMBITIONS
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Il sut aussi flatter les avides. Kleworegs était plus intéressé par les beaux combats que par le pouvoir. Ce n’était peut-être pas tout à fait vrai, mais entre la gloire de Thonros et le pouvoir royal, il n’hésiterait pas. Un sanglier nourrit plus que l’ombre d’un urus. Ils discutèrent jusqu’à plus soif. Ils
le verraient avant que le roi ne le reçoive pour l’élever au rang de noble aux mille bovins. S’il leur plaisait, ils lui obtiendraient bien plus.
Il désigna des amis pour juger de son état d’esprit. Il lui enverrait un messager à l’aube. Il le prendrait au saut du lit. Il partit se coucher. Bien reposé, il influencerait mieux le roi et emporterait sa décision d’aider plus que de raison le roitelet si pieux – ou de le briser à jamais, si... À la prime aube, le messager vint réveiller le héros. Il était déjà levé, et repu. Un vieux rêve lui était revenu. Il avait revu son ancêtre. Son visage se reflétait, au cours de la cérémonie du passage à l’âge d’homme, dans la pierre qui entourait le cou de son chef, une pierre qui était le Joyau. Il ne fit pas attendre ceux qui l’appelaient. Ils étaient, par chance, tout près ; la pluie glacée du matin transperçait la peau. Au seuil de la maison du bhlaghmen, son escorte l’abandonna. Il entra. Les occupants le saluèrent. Il ne les avait qu’entr’aperçus, la veille, mais en avait senti la puissance et l’ascendant. Proches du plus grand prêtre, premiers sacrificateurs de divinités mineures ou acolytes, ils comptaient à Kerdarya. Il devait s’assurer leur soutien, s’en faire des alliés. Il n’aurait pu mieux tomber. Influencés comme par osmose par leur chef, ils étaient tout disposés à l’écouter avec faveur s’il abondait dans leur sens. L’idée de son excellence avait, insidieuse, pénétré leur âme. Il n’avait rien à faire, qu’à prendre garde de ne pas leur déplaire. Ce n’était pas au-delà de ses moyens. Leurs dispositions étaient faciles à deviner. Ils le voulaient flagorneur. Il le fut, sans se départir un instant de son orgueil de caste. Ils ne pouvaient rêver mieux. L’un s’absenta pour revenir peu après. Il avait fait son rapport, favorable, en haut lieu. La suite le confirma. Le ton passa à la franche amabilité. Ils étaient fiers d’accueillir le guerrier qui, bon serviteur des dieux, avait offert à Aryana son nouveau flambeau, réification de son unité et de sa puissance éternelle. Sa découverte, annoncée par eux, venait à point nommé restaurer la piété. Il jura les grands dieux qu’elle n’aurait pas de meilleurs défenseurs que lui. Ils continuèrent à se confier. Il se pencha pour mieux les entendre. Ils chantaient les louanges du Joyau. Ce symbole d’Aryana, dans sa blondeur, était le signe vivant et tangible de leur place prééminente, qu’ils avaient craint, un instant, de se voir usurpée à jamais par des guerriers plus retors et ambitieux que vaillants. Ce n’était certes pas le |
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