LA CROISÉE DES DESTINS
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Il n'avait guère eu le temps de s'interroger plus avant. Le roi des rois lui avait posé mille questions, auxquelles il ne pouvait se dérober. Il n'avait pas vu le temps passer.
La matinée n'avait duré qu'un instant. Le repas du midi avait été une bénédiction, tant répondre lui avait coûté d'efforts de réflexion. Les prêtres auraient pu faire savoir que
l'inventeur du Joyau serait amené à diriger le Printemps Sacré ! Ils s'en étaient bien gardés, conservant autour des espérances de qui s'en rendrait maître un flou qui leur
aurait permis, si sa tête ou ses intentions ne leur revenaient pas, de lui confier une autre tâche et d'attendre un guerrier plus à leur goût, découvreur à son tour d'une
merveille signe des dieux. Kleworegs avait prévu de partir vers le couchant pour s'y tailler un beau fief. Voilà qu'on offrait à son ambition de conquérir non un fief, mais une
terre dont nul ne semblait connaître les limites, si encore elle en avait.
C'est ainsi qu'il s'était tiré, et bien, de la multitude de questions. Il avait raconté ce qu'il aurait fait en tant que noble aux mille bovins, mais en multipliant tout dix et vingt fois. Son interlocuteur s'était montré satisfait, plus que lui, sans doute, mais il n'allait pas être plus royaliste que son roi. À l'heure du repas du midi, ils étaient devenus, autant que le permettaient leurs positions respectives, amis. Ils s'étaient gavés de sanglier, à commencer par Kleworegs qui avait reçu un cuissot, pièce de héros, et avaient englouti des quantités d'hydromel à se noyer dedans, eussent-elles été répandues. Après cette collation, ils avaient continué. Leur élocution était devenue pâteuse, ils cherchaient trois mots sur quatre, mais leurs idées, en particulier les siennes, s'étaient en contrepartie faites cristal. N'eût été la maudite barrière de l'ivresse retenant les mots prisonniers, il aurait exposé d'une seule traite, tant il venait de tout décider selon un plan d'une parfaite ordonnance, sa conception du Printemps Sacré. Le roi des rois l'avait écouté, béat, entre hoquets et borborygmes. Cette expression figée venait-elle de sa satisfaction devant ce qu'il entendait ou d'une rêverie intérieure ? Il hochait la tête de temps à autre, devant des phrases d'une belle venue. était-ce de l'avoir compris ou parce que ses pensers et les rêves exposés, parfois, coïncidaient ? Leur conversation d'ivrognes - plutôt son monologue interrompu de temps à autre par des “oui ” et des “Continue ! ”- avait duré longtemps... assez pour qu'il se soit mis à ronfler sans lui avoir donné congé. Il avait été plongé dans la pire confusion. Tant qu’il ne l'avait autorisé à partir, il devait rester là à attendre son réveil et son salut. Il avait parlé, parlé, dans l'espoir que sa voix le réveillerait. Son ton s'était enflé, à fendre les tympans de tous ceux qui se trouvaient dans le palais, mais le seul dont il souhaitait une réaction ronflait toujours, bouche ouverte, un grand sourire |
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