MEURTRES
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qu'il avait fait à cette
femme. Elle lui souhaita mille morts, et à son fils par la même occasion, qu'il meure étouffé dans son ventre et y pourrisse, la contaminant. Qu'elle attrape toutes les gangrènes, toutes les fièvres de l'accouchée, et en crève à petit feu, avec de vraies souffrances et de fausses rémissions, que
Pewortor s'en ronge les sangs et s'en dégoûte. Qu'elle devienne bien hideuse, bien pustuleuse, odeur de charogne bien pourrissante, à faire peur au cul d'une truie, à faire
vomir un putois. Elle la voyait gonflée comme une outre, la peau grise comme elle, ou marbrée comme une calebasse, éclatant en glaires et sanie, ne laissant plus qu'une
forme maigre à faire peur, bouillie de chair, de peau, de poils mélangés dans le plus grand désordre et mal plaqués sur un squelette difforme. Ça ne serait pas plus mal
qu'elle survive dans cet état, à faire honte à ceux qui l'avaient connu belle, forte, saine. Elle en composait une épopée. Les démons fuyaient devant sa laideur, la mort
elle-même n'en voulait pas. Si les hommes savaient qu'une telle créature hantait le monde de l'au-delà, nul ne voudrait plus quitter, de peur de l'y
rencontrer, le séjour terrestre... C'était lui faire trop d'honneur. Ils la mettraient en terre, sans plus. Elle y servirait de bouffon aux taupes, ferait
rire les vers et les courtilières, se gausser la vermine qui dévore les racines, amuserait les bêtes des terriers. Oui, elle crèverait et terminerait ainsi, épouvantail des levrauts
qui ont peur de tout, ou pire, leur jouet, pantin, fantoche laid au point d'en être grotesque et de ne plus effrayer même le plus lâche. Poupée de son au ventre crevé, où les
vers ont élu domicile. Une fin digne de cette femelle, qui nourrissait un serpent pour son fils à elle. Elle le sentait, plus sage que Pewortor. L'enfant qu'une femme a porté participe de sa mère, même si la loi prétend qu'elle n'est qu'une terre nourricière.
Pewortor était loin de ces rancœurs, qu'il n'aurait su comprendre, endurci contre elle. Il attendait, furieux de ne pouvoir aller aux nouvelles. L'envie ne lui manquait pas de transgresser la loi, et d'aller s'enquérir de la naissance de son fils et de la santé de Roudhakwelya, mais ce serait bafouer ouvertement la famille de l'ancien patriarche. Il attendrait. Une des servantes de sa maîtresse viendrait l'avertir aussi vite que les convenances le permettraient... Plus vite, même. Elles approuvaient et favorisaient leur liaison. Elles se feraient une joie de la lui annoncer. L'accouchement était long, bien long. Il se rappela celui de Peworis. Comme il avait patienté ! Non, c'était une attente raisonnable. Ses fils naissaient déjà grands comme des bébés d'une lune ou plus. Il ne sortaient pas comme des avortons. ... Quand même ! Il allait repasser par une phase d'inquiétude. Une jeune femme apparut. Une servante de Rhoudakwelya, élégante comme elle, tout aussi provocante. Elle avait l'air soucieux. |
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