L'AUTRE MONDE II
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L’érection de la citadelle n’était pas restée inaperçue des minuscules tribus vivant près du marais. Discrets, cachés dans l’épaisse forêt bordant les terres où Udnessunus
faisait pousser l’orge et le seigle, leurs espions avaient observé la construction du gigantesque édifice, qui les avait terrifiés, et les progrès des emblavures, qui les avaient
fascinés. Les nouveaux venus avaient dompté les chevaux qui filent comme le vent, et leurs armes égorgeaient les bêtes les plus dangereuses. Des conseils, unanimes,
avaient eu lieu dans maints hameaux : les étrangers ressemblaient plus à des dieux qu’à des hommes. La facilité avec laquelle les coutres fendaient la terre les avait
émerveillés, eux qui jetaient les graines sur le sol en espérant qu’elles s’enracinent avant que les oiseaux ne les gobent. Ils voulaient connaître tous leurs secrets, afin de ne
plus jamais craindre la famine. Ceux qui se battaient avec des gourdins ou de mauvais épieux pour défendre leur tribu des assauts des fauves à quatre et deux pattes
voulaient découvrir les secrets des armes invincibles... sans compter que la citadelle, trop grande à leurs yeux pour ceux qui l’avaient bâtie, devait abriter des géants restés
dissimulés. Il fallait faire alliance avec ces hommes plus que les hommes. Un jour, des envoyés étaient apparus.
Le premier à s’être présenté était une femme blonde, plantureuse – sa tribu s’était privée de nourriture pour la bien gaver, afin qu’elle soit plus grasse et plus belle – vêtue d’un étrange manteau de plumes et de fleurs. Le paysan qui l’avait aperçue en avait lâché sa houe et avait couru prévenir les siens. Une petite foule était venue la voir. Ils s’étaient regardés, beaucoup plus curieux qu’intimidés. Le premier des anciens occupants des terres nouvelles à se montrer était fort plaisant. La femme-prêtre trouvait les hommes venus du levant plutôt bien de leur personne, et pas du tout hostiles... mais pourquoi des hommes aussi puissants le seraient-ils ? C’est le roquet, non le molosse, qui hurle aux fesses de qui il craint. Le dialogue était, ce jour-ci, très limité. Même pour dire oui, elle avait une autre façon de hocher la tête, et deux sourds se seraient mieux compris. Elle partait, suivie par deux pisteurs, et revenait trois jours après avec deux hommes. L’un se mettait à parler, sans résultat. Le deuxième prenait le relais. Le prêtre renvoyé par Thonronsis finissait par comprendre quelques bribes : Il s’agissait, horriblement déformé, du langage des troisième caste de sa région... sans doute un des guides qui avaient suivi Thonronsis avait-il séjourné dans le village de l’homme, et lui avait-il appris quelques mots. – Mon nom premé fi... Ton nom pas bras fort ? L’homme avait balbutié ces quelques mots avec effort, comme s’il les sortait du sein d’une masse énorme de souvenirs. Le prêtre chassé avait lui aussi fait un gros effort – parler le langue des troisième caste lui était pénible – et commencé à baragouiner. – Nous sommes tous des bras forts, nous sommes d’Aryana ! – Arya, tu, arya... |
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