L'AUTRE MONDE III
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le fleuve du levant et ses pièges. Il les presserait de questions. Par eux, il apprendrait où se trouvaient les gués, où
tuaient les tourbillons. Armé de ces secrets et de ses lames, il mettrait en déroute, le temps nécessaire, les Muets. Après, il accomplirait ce pourquoi il était né, puis
rassemblerait les survivants pour porter la mort à ceux qui avaient osé attaquer les établissements du levant. Que les dieux lui donnent cette victoire et, pour qu'il l'obtienne,
l'occasion de tout apprendre sur les ennemis !
Il parvenait aux rives du fleuve et les longeait un moment, en direction du midi, avant d'arriver dans un village terrifié où l'on hurlait à qui mieux mieux que les Muets avaient passé les flots. Après un instant de confusion, il comprenait. Les villageois parlaient de sa troupe. Il se faisait connaître. Regardant, inquiêts, ceux qui ne parlaient pas leur langage, ils lui contaient en quelle angoisse ils vivaient depuis que les Muets s'étaient emparés de toutes les terres au-delà du fleuve et les avaient mises à feu et à sang. Il s'attendait à voir des réfugiés, mais il devrait encore chevaucher un bon moment avant de trouver les villages où ils essayaient de se remettre de leurs épreuves. Ils les remerciait, d'un air méprisant, puis les interrogeait pour savoir si le fleuve était, dans leur région, facile à passer. Ils le rassuraient. Les Muets auraient plus tôt fait de se noyer, s'ils tentaient de le traverser, qu'une flèche de parvenir à son but. Ce village avait choisi de vivre derrière la barrière d'illusoire sécurité des eaux. La plupart de ceux qui s'y étaient établis n'était pas des foudres de guerre. Il se mettait en marche vers les villages où l'on pourrait lui en apprendre plus. Il y était reçu par une troupe armée, prête à se battre avec l'énergie que donne le désespoir. Il se faisait reconnaitre comme fils de son peuple. Les glaives s'abaissaient. Malgré la suspicion des villageois et des réfugiés pour ceux de sa suite qui ne parlaient aucun langage connu, ils consentaient à tout raconter. Il ne s'attardait guère à écouter les plaintes de ceux qui avaient tout perdu, non plus que les craintes de ceux qui s'attendaient, un jour prochain, à voir surgir les Muets. Il les interrogeait sur leur armement, sur leur tactique, sur leur façon de combattre. Les réfugiés n'y répondaient que par des mots sans suite, ou des rodomontades destinées à cacher ou exorciser leur terreur. Il leur demandait de lui montrer par où ils avaient traversé, de même qu'il demandait aux villageois, comme à tous ceux qu'il allait rencontrer en longeant le fleuve, par où un ennemi pouvait passer. Bientôt, en mélangeant et confrontant tous les récits, tous les témoignages, il en savait assez. Il s'installait là où les Muets ne manqueraient de s'établir, sitôt passé le fleuve. Il surveillait le fil de l'eau. Il allait enfin savoir s'il était digne de sa mission de fils vengeur. Les Muets n'étaient qu'un exercice. Sa vraie cible l'attendait, bien loin des combats. L’adage est vrai, qui veut qu'un mauvais roi attire le malheur sur son peuple. Le tuer suffirait-il à le détourner ? |
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