SON PLUS GRAND COMBAT
|
réagirait-il en entendant ce « C'est fait ! » par quoi il annoncerait sa fin ? Il ne pèse guère à qui a décidé l'assassinat de son rival d’en faire périr
l'instrument.
Il n'éprouvait pas de remords, et pourtant... il était rentré, l'âme tranquille, le cœur apaisé, après avoir égorgé le vieux guide. Pas un instant il ne s'était inquiété, pas un instant il n'en avait remplacé l'évocation par un « C'est fait ! » qui pesait son poids de contrition et d'angoisse. Le vieux devait mourir pour avoir été préféré à lui, et parce que sa fin était nécessaire à son projet, mais quelle querelle avait-il avec le roi ? Sa colère envers lui, pour avoir favorisé son rival, et sa crainte qu'il ne s'interroge sur les raisons de son oreille coupée, étaient prétextes dérisoires. Il avait tué par crainte de la rage de Thonronsis. Son acte en devenait mesquin. (« J’ai été l'arme, rien de plus ! Thonronsis a tout fait, tout manigancé, tout décidé ! ») L'amertume envahit sa bouche, son cœur. On lui avait volé son crime ! Il s'était promis de tuer un homme, et un autre l'avait obligé à tenir cette promesse. Un autre vers qui le menaient ses pas, dans l’ignorance de l’après. Déjà, il se voyait percé de coups, et avançait pourtant. Sa monture le portait vers le camp des siens, au devant de celui à qui il allait rendre compte. Il se laissait faire... Les puissances mauvaises le favoriseraient pour la proie dont il leur avait fait présent. Les démons n'ont pas souvent l’âme d’un haut roi, élu des dieux, en pâture. Qu’en adviendrait-il ? Qui périt enterré vivant, à l’égal du pendu, la voit périr avec lui, ou devenir l'esclave des démons, et dans un cas comme dans l'autre, il n'avait pas à se faire de souci, mais si... si ce cri était celui de la mort, non par étouffement, mais de colère. L'ancien roi des rois était parti ainsi, son cœur se brisant de honte et de rage. Alors, elle n'avait pas disparu, ni n'avait fini sous les dents des mauvais. Elle était auprès de Thonros, réclamant vengeance. Peut-être le dieu des combats ferait-il de l'instigateur du meurtre le bras de cette vengeance, en une ironie bien dans la manière divine. Le roi des terres au-delà du fleuve du levant, s'il avait décidé de faire taire le meurtrier de son rival, n'aurait guère besoin de cet encouragement... Et il allait vers lui, sans songer à ordonner une volte à sa monture. Le camp apparut. S’il retournait sur ses pas, voir si sa victime était déjà engloutie ?... Trop de temps s’était écoulé. Il ne saurait jamais si elle était morte étouffée par la vase, ou de la douleur de se voir perdue... ou plutôt si, quand Thonronsis lui trancherait la gorge, ou l'honorerait... et encore... Encore cette dernière preuve n'aurait-elle rien de décisif. Il pouvait le faire périr un peu plus tard, en un accident opportun. Il se méfierait de tout. Chaque instant passé serait un sursis... Le tuer pour éloigner l'angoisse ? Plus facile à concevoir qu'à réaliser. Leur méfiance était réciproque. |
|
|
|