Alors, la ruée commença. Les chariots des prêtres et des paysans, clan après clan malgré les projets de Kleworegs, s'ébranlèrent. Les rois de chaque village et les guerriers de Kleworegs, revenu parmi ses troupes et hurlant comme un perdu, tentaient en vain d'avoir l'œil à tout : pas un instant qu'ils ne doivent intervenir. Tous étaient, dans l'enthousiasme de la belle journée, pressés d'arriver à bon port. C'était, dans la joyeuse et ardente cohue, bousculade sur bousculade.
     Il avait fait effacer toute trace pouvant permettre de reconnaître l'endroit où il avait failli périr. Un des hommes de la caravane demanda au guérisseur qui l'avait sauvé où il se trouvait. Le prêtre du Cheval ailé ne lui laissa pas le temps de répondre :
      – Ce n'est pas pour rien que ton roi a fait disparaître tout ce qui pourrait rappeler ce forfait. Après le châtiment du crime, l'équilibre retrouvé, doit venir l'oubli. Pour nous tous, dis-toi que cela n'a été qu'un mauvais rêve, envoyé par les forces mauvaises, et n'en parle, n'y pense plus !
      Le paysan curieux ne fut pas le seul à l'interroger, ni à chercher à en savoir plus long auprès des protagonistes du drame. Le prêtre soupira. Son exhortation serait vaine. Il ne se préoccupa plus, dès lors, que de guider les siens vers la sortie du marais, et d'aider les guerriers à réfréner l'enthousiasme. Trop d’imprudents, sans se soucier des avertissements de ne s'engager que sur les passages reconnus, se précipitaient à travers le marais dans l'espoir d'emprunter d'improbables et dangereux raccourcis.
     Il fallut aux guerriers une particulière vigilance pour sauver de la noyade tous ces imprudents qui couraient, dans leur désir d'atteindre la terre promise, sans souci des repères établis à grand peine pendant les gels... Mais bientôt, chacun oublia les chutes dans la boue, les chariots versés, les chevaux s'affolant pour un rien, et les mille autres incidents qui l'avaient fait trembler tout le long de la journée : le dernier du Printemps Sacré, juché sur sa monture à ne faire qu'un avec elle, était parvenu sur la rive du nouveau fief sans que nul deuil ne soit venu entacher cette journée.
     Il faisait trop sombre, ou il était trop fatigué et indifférent à tout ce qui n'était pas son triomphe, pour le remarquer : ce cavalier était le successeur de Thonronsis. Pourquoi se serait-il inquiété de cette manifestation de dépit ? Dans la nuit tiède, tandis que s'élevait leur prière à Dyeus Pater, pour qu'il revienne, tous, amis, ennemis, le savaient : le Printemps Sacré était arrivé.


SI VOUS ÊTES ARRIVÉ ICI,

VOUS ADOREZ AUBE.

MERCI D'EN PARLER

MERCI DE NOUS CONTACTER

341
Aube II sommaire                    PROMENADE