UDNESSUNUS, 2
 
 
 
 

     Depuis leur arrivée, les neres avaient repris des forces et fêté l’heureuse issue de leur marche et la noce de la fille de leur roi. Udnessunus et ceux de Penkakwelya avaient employé tout ce temps à préparer leur futur établissement. Ils avaient commencé à explorer les environs, jusqu’à deux jours de chevauchée le long du fleuve, et évalué les terres les plus fertiles. A peine installés, ils avaient entrepris des labours et des semailles. Il avait essayé quelques coutres, fixés aux araires tant bien que mal, et avait eu tout loisir d’admirer combien le travail de la terre en était allégé. Ses compagnons avaient regardé, et s’étaient extasiés. Ils l’avaient suivi parce qu’ils sentaient en lui un homme peu ordinaire, qui n’avait pas hésité à tuer son père et était accompagné d’animaux encore jamais vus. Leur instinct ne les avait pas trompés. Avec un tel chef, leur richesse était assurée.
      Il avait eu grand plaisir à voir leurs réactions. Il avait été bien moins satisfait de la tenue de ses coutres. Il les fallait plus solidaires de l’araire, sous peine de les perdre en plein labour. Cette perspective ne l’agréait guère. Il en parla à demi-mot à Kleworegs. Il l’envoya voir Pewortor, le guerrier qui savait travailler le métal. Il lui montrerait comment obtenir des araires aux lames inamovibles.
      Juché sur un de ses ânes, il était parti le voir. Si cette monture faisait sourire les guerriers, elle inspirait aux autres producteurs le même respect mêlé d’étonnement qu’avaient ressenti avant eux les gens de Penkakwelya. Elle lui donnait un statut intermédiaire. Autant les premières castes ne pouvaient lui reprocher d’avoir une monture, puisque ce n’était pas un cheval, et devaient accepter qu’il chevauche tout comme eux, autant ses pairs étaient éblouis de ce privilège, et considéraient qu’à posséder un animal si rare, il valait plus que ceux qui se font tirer par les chevaux. Il était arrivé devant le chariot du forgeron, avait demandé à le voir.
      Pewortor était en sueur, une cruche d’hydromel à la main. Le jeune paysan s’était tenu à ses côtés, avec tous les siens, le jour où Kleworegs avait disparu. Il lui sourit, lui souhaita la bienvenue, examina l’âne, puis lui demanda, en lui tendant sa cruche déjà presque vide, ce qui l’amenait.
      Udnessunus la lui prit des mains, but le peu qui en restait, lui expliqua ce qu’il en attendait. Le sourire de Pewortor s’élargit encore... Ça le sortait de ces réparations de roues ou de bâtis de chars et de remise en état des armes, dont il ferait son ordinaire encore au moins une lune, avant qu’on ne se remette en marche. Il le pria de lui montrer un de ses coutres. Le jeune paysan l'avait prévu. Il lui en avait tendu un à examiner. Pewortor le prit, le soupesa, fit résonner son épée contre lui. Il grommela un moment avant de le lui rendre.
      - Le métal n’est pas fameux fameux, mais il fera l’affaire... Parlons peu, parlons bien. Tu veux en savoir plus. Je veux bien te dire le secret que tu attends, mais que me proposes-tu en échange ?
      - Mon seul bien, ce sont ces coutres, et je veux tous les garder. Pour le reste, j’ai ces chevaux-serviteurs, mais je te manquerais de respect à te les proposer.
      - Alors qu’en ne me proposant rien du tout, tu m’honores ! Tu es rusé... Notre roi a de l’amitié pour toi, et ton idée est bonne pour tout Aryana. Je veux bien faire ce que tu me demandes pour rien, à condition que tu me fasses le serment de garder le secret, et d’offrir l’hospitalité à tous les forgerons qui viendront vers toi, en leur disant que c’est moi qui te l’ai ordonné.
      - Volontiers, même si j’imagine qu’ils sont capables de tout me dévorer, s’ils te ressemblent.
      - Je ne peux pas te demander moins. Je te livre un secret qui ne se donne que de forgeron à forgeron. Tu dois donc te conduire comme eux, respecter leur code et leurs lois. Cela ne te sera pas trop difficile. Tu en as la fierté, et l’ambition.
      Udnessunus avait hoché la tête à plusieurs reprises. Pewortor était le premier forgeron avec qui il échangeait quelques mots. Il voyait tous les autres à son image. Pourtant, il avait toujours entendu dire qu'ils étaient des producteurs, comme lui. Il briderait sa curiosité. Pewortor lui faisait un cadeau sans prix. Il n'irait pas le mécontenter par une question indiscrète.
      - Je suis prêt à te prêter serment, et à t’écouter.
      - À la bonne heure ! Viens !

      Pewortor lui fit prêter serment, puis l'entraîna près d’un grand feu. Il y avait à côté du foyer une grande pierre carrée, au sommet bien plat... L’autel de la divinité qui permet à ses fidèles de donner forme au métal ? Le saurait-il ? Il n’avait jamais, comme Pewortor, imploré Egnis et Pewor, jamais rendu le
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