LE GUÉ
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peine le temps
pour un petit nuage de venir cacher le soleil, puis le dévoiler à nouveau, les trois hommes étaient partis.
Ils longèrent d’abord le marais, aux eaux stagnantes et exhalant des odeurs de décomposition. Medhwedmartor voulut engager la conversation, mais le prêtre ne desserra pas les dents. Il avait trop à faire à murmurer toutes les incantations destinées à éloigner les forces des marais. Il se rabattit sur l’ancien forgeron, et lui raconta ses récentes amours. Il se donnait un rôle des plus avantageux. Les servantes, à l’en croire, abandonnaient en pleine nuit la couche de leur maître pour venir le rejoindre et s’offrir à lui. Il en faisait une description trop imagée, trop précise. Nul doute qu’il avait bien vécu toutes ces aventures. D’avoir échappé à la mort lui avait donné un énorme appétit de vie. En ce temps de paix, il ne trouvait à s’exprimer que dans les étreintes les plus chaudes. Il l’écoutait. Il ne rivaliserait jamais avec lui ni en exploits, ni en éloquence. Medhwedmartor mettait dans ses paillardises une joie de vivre qui emportait tout. Il ne s’offusqua même pas quand il reconnut dans sa description de sa plus ardente maîtresse la fille à qui il avait donné, pour de simples caresses, un joli torque de bras... Il s’était étonné de ne pas la voir le porter. Voilà qu’il était, tout juste déformé pour qu’il ait pu l’y glisser, au bras du gardien d’armes. Elle avait prétendu l’avoir perdu. Il voyait maintenant où. Autant en rire. Elle n’avait été qu’une occasion de plaisir. Il n’irait pas jalouser un homme qui pouvait presque être son fils... Il avait son amour-propre. Il fut soulagé quand Medhwedmartor parla d’une autre. Il discourut encore longtemps sur ses bonnes fortunes. Pewortor se consola vite de sa déconvenue. Bien d’autres, et de plus grands que lui, avaient vu leurs servantes leur préférer le gardien d’armes... jusqu’au prêtre, qui se crispa et tira si fort sur ses rênes que son cheval rua à le désarçonner, quand il entendit parler d’une fille très grosse, à qui manquaient trois doigts. Medhwedmartor risquait, à se jeter sur leurs servantes, et surtout à s’en vanter, de devoir se battre avec des gens fâchés de cette atteinte à leur honneur. Dieux merci, cela se réglait par une amende d’un mouton ou d’un jeune porc. Il en serait quitte pour perdre tous ses biens. - J’espère que tu ne parles pas de tes amours quand tu es autour d’un bivouac. Tu te ferais bien des ennemis. - Oh ! Ce n’est pas pour moi. Je peux lutter avec n’importe qui... mais je n’aimerais pas qu’une fille fût battue parce qu’elle n’a pas su me résister. Celles qui succombent ne sont pas coupables, c’est la nature qui les pousse. Si je vous raconte mes amours, c’est parce que je vous sais des hommes d’honneur, pitoyables à la faiblesse. Nous le sommes tous, c’est vrai, mais certains ont la colère plus prompte que l’honneur. Et puis, les servantes, c’est de l’histoire ancienne. Depuis que je participe au Printemps Sacré, je n’ai eu |
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