LE MAÎTRE DE LA FORÊT
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très froid toutes ces
nuits, le soleil avait été bien avare de ses rayons ces derniers jours. Il faisait si beau quand il était parti ! Depuis qu'il était en plaine, le froid, revenu, ne lui avait pas laissé
de répit. La chère était saine. Il n'aurait pas trop à la cuire.
À force de gratter, il en avait assez pour un bon repas. Il choisit un petit creux, à l'abri du vent, et bouta le feu à un petit tas de feuilles sèches et de brindilles. Assez vite, il eut un foyer suffisant pour y déposer sa viande. Mêlée aux cendres toujours un peu salées, elle serait encore meilleure. Il mangea de bon coeur. Les oeufs gobés, pillés tout frais pondus dans les nids, sont des délices ; les bourgeons du début de printemps ont une saveur agréable, tout gorgés d'une sève gluante et sucrée... mais la viande a un goût sans pareil. On sent ses forces revenir. Avec la chair d'un animal aussi massif et puissant, une force encore plus grande, une vigueur encore plus affirmée, se ruait dans ses veines. Son repas terminé, il dispersa son feu, le recouvrit de terre. Il n'avait encore croisé personne, mais il ne valait mieux pas laisser de traces. Il n'avait pas non plus vu de démons, ni de bêtes hostiles, mais devait rester discret. Faire un feu était une façon de se signaler, nécessaire pourtant pour éloigner toutes les menaces, hors celle des hommes, qui risquaient de l'assaillir. S'il avait pu s'en passer !... Il faisait si froid. La plaine était bien décevante. Pas de danger – les Présences en soit remerciées –, du moins pas de danger présent ou immédiat, car le bison n'était pas mort de sa belle mort... mais pas de surprise. Un lieu vide, sans vie. Quand rencontrerait-il d'autres hommes ? Seraient-ils amicaux, hostiles ? Il n'avait que ce bâton, et son arc qui chassait un peu à gauche... Quant à ses talismans... ils n'avaient de pouvoir que sur les esprits. Il se décida à avancer. Il était à moins d'une journée de la forêt. Il la voyait encore. Non, qu'il quitte son abri ! Que sa vision s'efface ! La viande de l'énorme arpenteur des plaines lui avait transmis sa vertu. Il remonta le long de sa carcasse, de la tête à la queue, puis regarda dans son prolongement, vers le levant, d'où l'animal venait. Il irait par là. Il s'arrêterait lorsqu'il cesserait de sentir sur lui les yeux de la forêt. - C'est bien ici, l'étalon me l'a désigné. Kleworegs venait de découvrir le tertre où il établirait sa citadelle. D'autres, avant lui, lui avaient bien plu, ainsi qu'à ses lieutenants. Il avait laissé s'établir, l'un après l'autre, ceux qui le désiraient. Celui-ci était idéal, et les dieux, pour le lui désigner, lui avaient envoyé un signe. Il eût été fâché du contraire. Il lui convenait trop. Il avait tout pour lui : la position, la hauteur, les ruisseaux et les bosquets peu éloignés. Il dominait la plaine, et le regard portait loin, une fois |
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