UNE CONQUÊTE
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parce qu'il se retrouvait, avec eux, en terrain connu. Il savait trop les sentiments qu'ils lui portaient. Ils se
disputeraient à qui serait le premier à le dénoncer aux mères. Il ne pouvait compter sur personne. Non, son seul espoir était que la maîtresse du village garde le silence. La
tuer ? Encore ces pensées sacrilèges, immondes, qui revenaient depuis qu'il avait vu comment les femmes étaient traitées par ces gens venus du levant. Non, au fond, il ne
les avait jamais vus tuer une femme. Leur parler avec rudesse, avoir des gestes osés, certes, mais leur violence envers elles était toute verbale. Les dépasserait-il en
malignité ? Quelle plaie d'avoir été habitué, dès l'enfance, à obéir, à ne prendre aucune initiative. Il n'arrivait pas à se décider. Il s'endormit d'un coup.
Ils sont là, ceux d'autrefois, ceux dont l'histoire ne passe que de vierge mère a vierge mère, et que pourtant chacune d'entre nous sent au plus profond de soi, en naissant femme, comme d'instinct, plus que de mémoire. Elle non plus n'arrivait pas à dormir. Celui qui allait partout, le vagabond, l'inutile, lui en avait dit assez que pour faire resurgir toutes les craintes que des générations de femmes avaient éprouvé avant elle. Parerait-elle au plus pressé? Le ferait-elle mourir d'avoir vu ce qu'il avait dit... ce qu'il avait tu ? À quoi bon. Il ne parlerait pas. Cela ne servirait à rien, il le savait. Il passait pour le fou du village. Personne ne tenait compte de ses paroles. De ses premiers voyages, il avait rapporté d'étonnants récits. Chacun avait haussé les épaules. Il n'était qu'un bon à rien, tout juste capable de se promener dans la forêt, de humer l'air, de piéger les bêtes. Il déplaisait autant aux hommes, jaloux, qu'aux femmes. Plus peut-être, car ils leur faisaient reproche, et c'était bien le seul qu'ils osaient, à voix toute basse, de ne pas l'avoir encore chassé. Non, il n'était qu'un réprouvé en sursis, et personne ne tendait l'oreille à ses propos, ni n'acceptait de lui parler. Pour eux, qu'il soit au coeur du village, ou à trois jours dans la forêt, était la même chose. La seule différence, c'est qu'au coeur du village, il mangeait leur nourriture. Non, il vivrait. D'ailleurs, avait-il tout dit ? Elle le ferait venir encore plusieurs fois, lui reposerait les mêmes questions, en poserait de nouvelles. Il serait toujours temps, un jour, de le faire passer de vie à trépas. Sa mort ne pèserait à personne. Il fallait qu'elle dorme. Elle partit fouiller dans ses réserves. Elle trouverait quelques feuilles de l'herbe qui fait dormir. Elle chercha longtemps, en vain. Elle avait eu des rages de dents terribles à l'entrée de l'été, et elle ne trouvait le repos et le calme qu'avec l'aide de ce breuvage salutaire. Il ne lui en restait plus. C'est la fatigue qui la coucherait... Et la fatigue, avec tout ce qu'elle avait entendu, lui assurerait pas un bon sommeil. |
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