ROI DE RIEN
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l'autre bout des bois. Ils
étaient hommes de la plaine, du regard que rien n'arrête. Ici, c'était un monde autre, différent, qui leur appartiendrait, qui leur appartenait, mais ne serait jamais,
ou pas avant longtemps, le leur.
Il écoutait ceux de la forêt. Ils étaient agités, presque inquiets. Un roi déchu qui vient reprendre sa place va d'un pas plus assuré. Ils avaient dû le chasser avec violence, le battre, sans doute, avant d'en faire un réprouvé. Il aurait bien voulu les comprendre… Il était trop vieux pour apprendre la langue de ces gens, et quel intérêt ? Ce n'était pas à lui de faire cet effort, mais à ces rois trop faibles, qu'il restaurait à leur rang perdu. Son petit assassin du village des loutres, à la curiosité toujours en éveil, s'était proposé à apprendre le parler de ses alliés. Cette activité était bien futile – du pur divertissement –, mais en rien indigne d'un guerrier. Si elle ne prenait pas sur ses périodes d'entraînement au combat, pourquoi pas ? Il le fit venir. Il l'interrogea. Pouvait-il déjà comprendre le langage des bois - Les langages. - Les langages ! ? - Oui, il y en a plusieurs. Chacun de ceux qui t'accompagnent, ou presque, a le sien… mais au sein de la forêt, ils ont une langue sacrée, commune. - Comment le sais-tu ? - Rappelle-toi, il y a deux jours, au soir, l'un d'eux chantait. Ils étaient tous autour de lui, émus aux larmes. Moi aussi... cette voix, si prenante. Quelqu'un s'est mis à rire, mais rire. Nous les regardions tous. Il s'en tenait les côtes. Il allait étouffer. Le chanteur s'est arrêté. Ils ont failli se colleter. Medhwedmartor et leur roi les ont séparés, avant que ça ne dégénère. - Oui, je m'en souviens. Et alors ? - J'ai interrogé, le lendemain, le récitant. Qu'avait-il donc dit de si drôle ? Les loups ont tué mon père et ma mère... Le rire de l'autre était nerveux, sans doute, mais il aurait pu se retenir... ce que je lui ai dit. Il a ri à nouveau. Non, rien de nerveux. N'avait-il pas eu de quoi s'esclaffer quand le chanteur avait déclamé, avec son air tragique : J'ai bien sucé deux vieux loups. J'en ai interrogé d'autres. Qu'avaient-ils compris ? Pour l'un, c'était : un -je ne sais pas quoi, je n'ai pas compris – a mangé les vieillards, pour un autre : Les loups m'ont mordu il y a longtemps. D'autres avaient tout compris, ou deviné, mais Dieux qu'il parlait mal ! D'autres encore n'avaient rien compris, mais s'étaient fié à ses miniques, à celles des autres, à ses intonations larmoyantes. Je ne suis rappelé combien, parfois, lorsqu'ils parlent entre eux la langue de la forêt, ils cherchent leurs mots, les accompagnent de signes et de gestes, comme s'ils ne parlaient pas leur propre langage... Et il y a leurs noms, qui se ressemblent si peu, abois pour certains, mélodie pour d'autres. |
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