JALOUSIE
 
 
 
 

      (« Il est donc monté si haut ! »)
      Kleworegs regarda le messager... un wiro, un simple wiro, mais plus fier qu’un guerrier du premier rang... Avoir fait confiance à Udnessunus ! Il promettait, pourtant. Quel bel éleveur, maître de centaines de tête de bétail, de terres fertiles, de paysans solides et durs à la tache il aurait fait ! .. Et il devenait conquérant, roi de terres dont nul ne connaissait les bornes. Trahir ainsi la confiance de son roi !..
      (« Trahir... Je lui ai dit de faire de son mieux... C’est ma faute. Qui aurait cru, un paysan parti de rien... Il m’a bien trompé... C’était un rusé, dont les ruses me faisaient rire, tant elles exaspéraient les prêtres obligés de se rendre à ses arguments. Un rusé ne pouvait guère faire plus. Il a caché son jeu. Ses tours lui sont montés à la tête...
      ... Je ne dois pas dire ça. Quoi que j’en pense, c’est un bien pour Aryana... Et son messager, là, qui me regarde. Il s’interroge. Ai-je l’air si fâché, ou voit-il mes pensées sur mon visage... Présenter une façade d’esprit bas à un troisième caste. Sourions, réjouissons-nous... Je vais lui faire apporter une corne d’hydromel... Une cervoise suffira. Non, quand même de l’hydromel... Voilà, il en a son content, maintenant. »)
      – Alors, tu disais... Plus de dix mains de villages, dans les clairières du couchant, et nos terres agrandies de plus de cinq jours de chevauchée. Et tout cela grâce à lui ?
      – Tu as vu la peau où il a marqué ses succès. Oui, tout ça est à toi, grand roi. Et bientôt, il te fera amener leur déesse, pour que tu la gardes en ton palais.
      – C’est bien, mais... Est-il sûr de la soumission de tous nos nouveaux sujets... A quoi ressemblent-ils ?
      – Eh bien... À toi, à moi, à nos amis. S’ils ne parlaient un langage autre, tu les prendrais pour des fils d’Aryana.
      (« Des fils d’anciens Printemps sacrés qui ont échoué, qui ont perdu le langage, la bonne foi, les bonnes lois. Udnessunus n’a rien conquis... Il a retrouvé les nôtres. Le bon garçon. J’ai eu raison de lui faire confiance. ») ... Eh bien, messager, si tu nous racontais comment vous avez réussi à ramener toutes ces terres dans notre giron.
      – Je ne sais pas tout... Je ne me souviens que du moment où nous sommes arrivés dans le Kerdarya de ces gens, l’angoisse au foie. Nous arrivions pour venger Udnessunus et nous nous étions précipités sur une foule de femmes entourant une grande maison. Elles se lamentaient, hurlaient, s’arrachaient les cheveux ou se lacéraient le corps de leurs ongles. Certaines brandissaient des épieux, d’autres des arcs... Mais quand nous sommes arrivés sur nos chevaux, hurlant plus fort qu’elles, elles ont été saisies d’effroi, au point qui de tomber en suppliantes, qui de s’égailler en lâchant leurs armes. Que faire ? Elles avaient sans doute tué notre chef, mais nous n’osions les massacrer. Seul notre guide, qui avait beaucoup souffert par elles, voulait leur peau à toutes. Nous étions d’avis, pour le reste, de ne tuer que celles en armes. Udnessunus est alors apparu, et a crié que nous les épargnons...
      ... Nous les avons rassemblées, elles se sont laissées faire. Sans que nous ayons compris pourquoi, il avait réussi à les vaincre, et nous ne faisions que l’aider. Pendant ce temps, notre guide est entré dans la grande maison, et quand il est sorti avec Udnessunus et une femme tenant à peine sur ses jambes, un bébé dans les bras, nous avons vu toutes nos captives tomber sur le sol. Ensuite, Udnessunus a envoyé quatre d’entre nous dans la grande maison pour empêcher l’ancienne grande prêtresse ou déesse de sortir...
      ... Le village était nôtre. Reste que nous étions des étrangers face à face, sans moyen de communiquer. Notre guide n’avait pas jugé bon d’apprendre le langage des ses geôlières, et elles n’avaient pas plus songé à l’enseigner à celui qu’elles considéraient comme leur future victime. Du peu dont il s’était imprégné pendant sa captivité, il parvint à faire bon usage.
      – Si bon usage que tout ce village s’est rallié, et dix mains après lui ?
      – Il n’était pas comme les autres. Certes, avoir capturé les chefs de ce peuple aurait pu suffire à les dominer, mais nous tenions les maîtresses de tous les clans et tribus de ce peuple... Comme si l’ennemi s’emparait de tous les rois en conseil à Aryana. Udnessunus leur a parlé, à toutes... Cela lui a pris du temps, mais il a appris des bribes de leur parler... et les a renvoyées chez elles en échange d’un tribut... Leurs mâles les plus solides... Il a l’intention de recevoir pour lui quelques hommes forts, chaque année, en provenance de ces clans. En échange, il leur enseigne les secrets de la terre, comment faire
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